08.01.2008

Une saison de machettes

Livre-interview de génocidaires Hutus au Rwanda du grand reporter et correspondant de guerre Jean Hatzfeld dont voici quelques extraits:

"Au début on coupe avec timidité, puis le temps nous aide à nous habituer. Il y a des cas de collègues qui se sont fait enseigner la manière exacte de frapper : sur le côté du cou ou sur l'arrière de la tête pour activer la fin. Mais il y a des cas de collègues qui sont restés maladroits jusqu'à la fin. Ils n'osaient pas, ils gesticulaient dans la lenteur; ils frappaient le bras à la place du cou, par exemple, et ils s'échappaient en criant : "ça y est, je l'ai complètement tué." Mais ça se savait que ce n'était pas vrai. Un spécialiste devait intervenir, pour rattraper la cible et la terminer" 

 "ça n'a pas duré longtemps, grâce à notre habitude de la machette dans les champs. C'est bien naturel. Si à vous et à moi, on donne un Bic, vous allez vous motrer plus à l'aise que moi au travail d'écriture, sans jalousie de ma part. Pour nous, la machette était ce qu'on savait manier et aiguiser. Elle était, aussi, moins chère que les fusils pour les autorités. Raison pour laquelle on a appris le boulot avec l'instrument rudimentaire qu'on possédait."

 "L'homme peut s'accoutumer à tuer, s'il tue sans s'arrêter. Il peut même se convertir en animal sans y prêter attention. Il y en a qui se menaçaient entre eux, quand il n'y avait plus de Tutsis sous la machette. Sur leur visage, on devinait le besoin de tuer... Moi je n'avais pas peur de la mort; d'une certaine façon j'oubliais que je tuais des personnes vivantes. Je ne considérais plus ni la mort ni la vie. Mais c'est le sang qui me faisait peur. C'était odorant et dégoulinant. Le soir je me disais : Après tout, je suis un homme empli de sang, tout ce sang qui gicle apportera du malheur, une malédiction. La mort ne m'alarmait pas, mais ce trop de sang, ça oui, beaucoup."

"Ce programme répété nous dispensait de réfléchir à ce qu'on faisait. On allait et on revenait, sans croiser une idée. on chassait parce que c'était le programme de nos journées, jusqu'à ce qu'il soit terminé. Nos bras commandait nos têtes, en tout cas nos têtes ne disaient plus leur mot."

 

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Jean Hatzfeld n'était pas au Rwanda au moment des massacres mais après; il a rencontré des rescapés et a recueilli leurs témoignages, par la suite il a rencontré les génocidaires qui lui ont confié également leurs expériences. 
Selon lui tant qu'il vivra, (il) retournera à Nyamata. Même s'(il) sait qu'(il) ne comprendra jamais." (extrait d'un article de Brigitte Salino, Le Monde, mars 2002).

Ce livre intriguant et dérangeant nous montre le côté trivial et banal du génocide; à la fin du livre, une photo de groupe des génocidaires nous permet de mettre un visage sur les tueurs. Des génocides Hatzfeld en évoque d'autres, ceux Auschwitz ou de Srebrenica, alors se pose la question du "plus jamais ça", on l'entend souvent et pourtant ces actes restent authentiquement humains alors on peut penser, comme René Girard, que "si l'Histoire a vraiment un sens, alors ce sens est redoutable."


03.01.2008

Bonne année

Je vous souhaite à tous, lecteurs de ce blog, une bonne année 2008 riche en musique, films et expos que je vais tenter de vous faire découvrir sur ce blog.

A très vite... 

15.12.2007

Robert Adams - On the edge

A la fondation Cartier, organisée par la conservatrice qui s'était déjà occupée de l'exposition de David Lynch.

Robert Adams est un photographe américain, anciennement professeur de littérature anglaise. Il est passionné d'images mais aussi de mots. La Fondation Cartier nous présente donc les deux pendants de son oeuvre : ses photos et ses livres.

Les 150 photos exposées se divisent en trois parties : West from Columbia (1990-1992), Times Passes (1990-1992 aussi et ce titre est emprunté à un chapitre du livre de Virginia Woolf To the lighthouse) et enfin Turning back (1999-2003)

Adams a commencé la photo en faisant un reportage sur les paysages de l'Ouest. Des photos de l'océan exposées à  la Fondation Cartier se dégagent solitude, calme et mélancolie.

En ce qui concerne Turning back, la série de photos consacrée à la forêt, je la trouve plus impressionnante. 

Artiste engagé, Robert Adams nous montre la nature comme la guerre, les arbres décimés, les tranchées des déserts américains. Son point de vue de photographe, de montrer ce qui reste de la déforestation, ce qui est là devant lui, contraste avec la sérénité qui se dégage de ses photos de l'océan. Adams dénonce la déforestation; selon lui "la pratique de la syviculture industrielle s'appuie depuis toujours sur une méthode agressive appelée "coupe claire" qui consiste à laisser la terre presque à nu (...) Historiquement, les données recueillies dans le monde entier indiquent que la coupe claire aboutira finalement à l'épuisement des sols, à la déforestation et au changement climatique"

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Clatsop County, Oregon
 
Robert Adams, par ses vues de la fôret dévastée, démystifie les paysages de l'Ouest et ne les rend que plus touchants.

10.12.2007

My blueberry nights

Un peu tarte...

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Un scénario quasi inexistant, des transitions artificielles, de belles images acidulées, un Jude Law plutôt inexpressif... Norah Jones est, par contre, fraîche et touchante...mais en bref, j'aurais pu m'en passer. Beaucoup de bruit pour rien.

18:30 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma

01.12.2007

L'assassinat de Jesse James

par le lâche Robert Ford...

Bon alors moi qui ai une tendresse particulière pour les westerns là j'ai été servie. La tension de la vie à cette époque (19e siècle au coeur des Etats-Unis), le "tuer pour survivre" en braquant, pillant ou en éliminant en premier celui qui nous est hostile, est parfaitement transcrite dans ce film. Brad Pitt en impose, mystèrieux, mythique, magique, énigmatique, il est vraiment crédile et le charisme de Jesse James en impose grâce à lui. Mais pour moi la surprise vient de Casey Affleck qui a ici un rôle à la hauteur de son talent. Plein d'admiration et dans l'ombre de James, l'équilibre des sentiments qu'il crée avec ce dernier fait que son duo avec Brad Pitt fonctionne à merveille et lui fait une part belle dans le film. Saupoudrez tout cela de romantisme juste ce qu'il faut et d'une magnifique ritournelle composée par Nick Cave et là, vous prendrez plaisir à voir cette épopée américaine et ces portraits de deux hommes sur le fil.

21.11.2007

This is England

De Shane Meadows

Dans les années 80 en Angleterre, Shaun, un jeune garçon de 12 ans, orphelin de père, tué sur le front des Malouines, se lie d'amitié avec des Skin Heads.

Le fim est empli de tension dramatique et le chef des skinheads, Combo, est tellement imprévisible, que l'on est sur notre siège à attendre la première explosion de violence. Le malaise des personnages vis-à-vis de leur pays en période de guerre et de conservatisme social est parfaitement rendu par Shane Meadows. On s'attache à l'acteur Thomas Turgoose qui joue le jeune garçon plongé dans un univers qui finit par le dépasser complètement.

A noter : les chansons du groupe Toots & the Maytals donnent du rythme au film et surtout pendant le générique de début où des images d'archives défilent et nous plongent dans une ambiance "so British"

Pour écouter, http://www.youtube.com/watch?v=UhjBiZSfM08&feature=re... 

A voir d'urgence...selon moi 

 

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              Thomas Turgoose dans 'This is England'